What is a man ?
Matt Walsh est l’auteur du documentaire poignant, « What is a woman ? », qui a mis en lumière les graves dérives de l’idéologie du gender dans sa projection sociale, avec des sujets controversés aux Etats-Unis et en Europe, tels que le changement légal du sexe ; la présence des hommes transgenres dans les compétitions sportives féminines, ou leur utilisation des toilettes des femmes ; le recours à la médecine pour modifier de manière irréversible les attributs sexuels ; etc. C’est cependant le court billet que Walsh a publié sur les hommes qui nous intéresse dans cette brève réflexion ; il aurait pu l’intituler : What is a man ?
En effet, Matt Walsh y aborde l’une des questions socio-anthropologiques les plus délicates de la société contemporaine : la masculinité. Nous proposons un bref regard sur ce thème. Il nous faut préciser d’emblée que notre commentaire se distancie aussi bien des logiques machistes qui contestent l’égalité de dignité entre l’homme et la femme que des présupposés existentialistes du gender qui postulent que l’identité sexuelle est une construction sociale plutôt qu’une réalité biologique. Ce qui nous ouvrira au bout de notre billet à la perspective de la complémentarité.
En effet, dans le processus de questionnement des abus du patriarcat hérité de l’Antiquité, les idéologies libérales de l’Après-Guerre ont fait un pari plus radical : déconstruire la masculinité, récuser, voire moquer toute idée de virilité dans son acceptation socio-anthropologique. A la place, il fallait promouvoir ce que d’aucuns ont appelé la « féminisation de la société », une tendance où la société déprécie, voire méprise les marqueurs propres du psychisme masculin, y compris dans le cadre de l’exercice des rôles sociaux, dont notamment la paternité. Alors que parallèlement, les valeurs caractéristiques propres au psychisme féminin étaient promues comme seules porteuses de liberté, de paix, et finalement de sens social.
La philosophie éducative contemporaine exprime bien cette tentation de l’effacement de la masculinité : on attend d’un père des postures maternalisantes au sens émotionnel (l’on a parlé de « papa poule »), mais moins une figure d’autorité qui incarne la norme sociale, la loi, un certain degré de résilience émotionnelle et d’endurance à laquelle le corps masculin prédispose. L’une des raisons de la crise de la paternité se trouve dans ce processus. En effet, entre d’une côté le patriarcat souvent excessif qui reste leur référence culturelle, mais qu’ils ne peuvent plus revendiquer dans le contexte actuel, et de l’autre, le regard social qui leur demande d’assumer les logiques de féminisation, les pères n’ont pas toujours su trouver l’équilibre.
Quel rôle anthropologique pour les hommes aujourd’hui, en particulier dans la famille ? Il y a un espace de réflexion nécessaire qui est ouvert aux générations actuelles pour trouver un paradigme équilibré. Celui-ci devrait éviter de reproduire les abus du patriarcat tant contre les femmes que les enfants, sans pour autant pousser les hommes à renoncer à leur masculinité, leur virilité dès lors qu’ils l’assument pour le bien social, familial, éducatif.
Evidemment, l’on se doit de rappeler, comme le fait Matt Walsh, qu’il est absurde de placer sur un terrain conflictuel les expressions différenciées du psychisme de l’homme et celui de la femme. La société a, à tous les niveaux, et en premier lieu dans la famille, un impérieux besoin des deux. De plus, parler de valeurs féminines ou de valeurs masculines n’a en soi rien de péjoratif. Elles n’établissent aucune hiérarchie, ni ontologique, ni morale entre les sexes : l’homme n’est pas supérieur parce qu’il est viril, car seul, cet attribut, s’il n’est pas régulé par sa rencontre avec la douceur maternelle, pourrait ouvrir à des excès.
Ainsi, pour rester sur le thème de l’éducation, l’excellente réflexion d’Éric Fromm dans son ouvrage « L’art d’aimer », montre à quel point la construction d’une personnalité mature et équilibrée au plan affectif et émotionnel dépend de la présence aussi bien du père et que de la mère, à condition que chacun assume devant l’enfant les marqueurs de son psychisme : la douceur, mais aussi l’autorité qui imprime la règle, la norme.
Les récentes émeutes des jeunes en France, mais aussi l’état moral de la jeunesse dans la plupart des pays, dont le nôtre, font constater une demande de retour à l’autorité dans nos sociétés. L’erreur qui semble cependant commise est celle de réduire l’autorité à la seule fonction de l’Etat. Ses moyens institutionnels et juridiques, bien qu’immenses, ne suffiront pas face aux crises qui se dessinent si le problème n’est pas traité plus en amont : dans les familles. C’est dans ce lieu, dans cette société domestique, qu’il faudrait rétablir en premier le sens de la norme, du respect. Dans ce cadre, la figure d’autorité du père est nécessaire. Il doit l’assumer, sans excès, pour que les enfants puissent intégrer la loi et les valeurs de la sphère publique.
Il n’est pas superflu, avant de conclure, de faire observer que la féminisation de la fonction éducative ne s’est pas produite uniquement pour les raisons idéologiques que nous avons soulignées au début. Dans la plupart des contextes, dont l’Afrique, un nombre croissant d’hommes se soustraient de leurs responsabilités parentales, obligeant les femmes à assumer seules, ce qui dans de nombreux cas conduit à l’éducation déficiente que nous déplorons, c’est-à-dire celle qui n’intègre pas de manière appropriée la notion d’autorité. Il devient alors nécessaire d’insister sur le fait que la masculinité et la virilité ne consistent pas à un idéal de pouvoir arbitraire sur la femme et les enfants, mais elles résident dans la capacité de l’homme à assumer les devoirs du pater familias, à renoncer, à faire preuve de don de soi, comme signe tangible de l’amour. C’est pourquoi les épaules masculines sont plus larges.
Il convient donc de défendre la perspective déterministe ou essentialiste sous-jacente au sexe (masculin et féminin), qui considère que certains rôles sociaux de l’homme et de la femme trouvent leur appui dans leur identité sexuée propre. Le pari libéral d’effacer l’un pour le substituer par l’autre n’est pas réaliste. Les deux identités formées comme « image et ressemblance de Dieu (Gn 1,26) » sont les deux expressions du même don de fécondité sociale donnée à l’être humain par Dieu. Benoît XVI, dans un texte prophétique, a ainsi parlé de la collaboration de l’homme et de la femme dans le monde, dans laquelle leurs différences psychiques ne s’opposent pas, ne se soustraient pas mutuellement, mais se conjuguent pour le bien de l’humanité.
François Ossama