Jacaranda
Je viens de terminer la lecture de l’excellent roman de Gaël Faye, « Jacaranda », prix Renaudot 2024.
Des histoires personnelles, dures, poignantes (Milan, Claude, Venancia, Rosalie…) qui s’entrechoquent, mais qui sont indissociables, liées par la même tragédie innommable, un génocide, celui des Tutsis au Rwanda. J’avais jusqu’ici pensé à tort saisir l’ampleur, la bestialité de cette histoire qui finalement n’a pas de nom, qui est au-delà du drame, car ce mot est faible.
Dans cette furie humaine macabre qui ne semble être approchée qu’à l’échelle collective d’un pays, le Rwanda, s’écrivent des histoires personnelles et familiales bien réelles, blessées, brisées. Le personnage principal, Milan, jeune métis qui se construit de manière chaotique par référence aux silences de sa mère rwandaise, refoulant une histoire tragique qu’elle ne peut, ni ne veut raconter et encore moins offrir à son fils comme héritage. Pourtant, la tragédie contamine la généalogie, comme le montre ce lien mystérieux entre Rosalie et son arrière-petite-fille Stella, brisée, elle aussi, par un génocide survenu alors qu’elle n’était pas née.
Histoires de sang et de larmes qui, pour les survivants, ne cesseront jamais de couler.
Ce roman nous alerte, à côté d’autres écrits sur ce génocide, sur un fait pourtant constant dans l’histoire : l’être humain libéré de sa conscience morale par un discours continu de haine perd toute trace d’humanité, car incapable de percevoir celle de son prochain qu’il traque, qu’il écrase comme un insecte, plus farouchement qu’un « cafard », pour reprendre le vocabulaire macabre des génocidaires.
Dieu merci, la seule présence des survivants suffit à montrer l’échec du projet du mal.
Pour le reste, l’on ressort du roman avec un appel à la sagesse des communautés et des peuples qui doivent toujours garder raison, fermer la porte aux discours de haine et de violence, car nul ne sait jamais jusqu’où il peut mener.