Ovuma Maria
La plupart des travaux récents en exégèse biblique, s’appuyant sur la connaissance plus affinée que l’on a aujourd’hui du Grec ancien (la koiné plus précisément), s’accordent sur le fait que la traduction latine du grec Καῖρε/Chaîre (Ave), puis en français (Salut Marie) n’avait pas restitué toute la profondeur de l’adresse de l’Ange à Marie. La formule française semble même en faire une salutation quelconque : « Je vous salue Marie ».
Or, le verbe grec Chaîre a la même racine que καρίς qui exprime la plénitude de joie, la grâce. Plus qu’une simple salutation, il exprime donc l’annonce que Marie bénéficie d’une élection particulière, d’une grâce pleine ou parfaite dont l’Ange l’appelle à se réjouir. Ce qui rend l’expression « Chaîre kecharitomene, ho Kyrios meta sou » de l’Ange par : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ».
Nos langues vernaculaires ont mieux restitué cette profondeur. En effet, dans la langue Ewondo, le mot grec Chaîre a été traduit par « Ovuma [Ovúmá] », ce qui donne le nom de la prière à Marie : « Maria Ovuma ». Ce mot « Ovuma » (ou Éwuma dans d’autres langues Beti comme le Fang) vient du radical « wum », verbe qui signifie (1) être honoré, « avoir de la notoriété (être connu au loin) » (2) « porter/produire du fruit », « prospérer ». On utilise par exemple ce verbe pour dire qu’un arbre a produit du fruit en abondance (« Assa ya wum » : le prunier a donné beaucoup de fruits).
Le mot « Ovuma » est une salutation qui intègre consubstantiellement le vœu profond de prospérité, d’abondance en tout son être, donc de plénitude ou de gloire. « Ovuma » en langue Ewondo n’est donc absolument pas une salutation banale (on aurait par exemple dit dans ce cas « Masug »). La salutation « Ovuma » marque le respect et la déférence envers une personne ou un groupe de personnes ainsi saluées.
On retrouve le verbe « wum » à l’indicatif présent dans la suite de la prière : wa[wum] olode bininga besë (Tu es honorée/tu portes/produit du fruit dépassant (plus que) toutes les femmes) ndò fë mòn y’abum doe Yesu nya a[wum] (de la même manière l’enfant que tu portes est honoré/porte du fruit).